Le système Mendes, une machine à blanchir

Discussion dans 'Football' démarrée par nino42, 5 Décembre 2016.

  1. nino42

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    Le célèbre agent portugais Jorge Mendes a mis en place un montage offshore d’évasion fiscale d’une ampleur inédite au profit de sept stars du foot qu’il représente, comme le joueur Cristiano Ronaldo, l’entraîneur José Mourinho ou l’attaquant de l’AS Monaco Radamel Falcao. Ce système leur a permis de cacher un total de 188 millions d’euros de revenus au fisc, via l’Irlande, la Suisse, les îles Vierges britanniques et le Panama.

    C'est un scandale qui va frapper de plein fouet la crème de la crème du foot européen. Les documents Football Leaks, obtenus par le magazine allemand Der Spiegel et analysés par le consortium EIC dont Mediapart fait partie, mettent au jour le plus vaste réseau d’évasion fiscale que l’univers du ballon rond ait jamais connu. Un montage qui a facilité la dissimulation d’au moins 188 millions d’euros de revenus de sponsoring, via un réseau de sociétés écrans et de comptes offshore en Irlande, aux îles Vierges britanniques, au Panama et en Suisse. Dont 150 millions pour le seul Cristiano Ronaldo.

    La liste des sept bénéficiaires donne le tournis. Il y a donc Ronaldo, meilleur joueur de la planète et superstar du Real Madrid ; José Mourinho, l’un des meilleurs entraîneurs du monde, aujourd’hui à Manchester United ; Radamel Falcao, l’attaquant colombien de l’AS Monaco. On trouve aussi trois internationaux portugais vainqueurs du dernier Euro aux côtés de leur capitaine Cristiano Ronaldo, passés eux aussi par Madrid et/ou l’ASM : Ricardo Carvalho, Fabio Coentrao et Pepe. Et enfin le jeune prodige colombien James Rodriguez, acheté 80 millions d’euros par le Real à Monaco.



    L’architecte de ce système offshore n’est autre que le plus puissant agent au monde, le Portugais Jorge Mendes, 50 ans. On connaissait son talent pour négocier des transferts à huit chiffres, notamment entre les clubs de la Principauté et de la capitale espagnole, où il est comme chez lui. En coulisses, Mendes aidait aussi ses plus riches clients à échapper à tout prix à l’impôt. Le tout avec la participation financière, si ce n’est la complicité, du plus grand club du monde, le Real Madrid.

    Mais après avoir prospéré pendant dix ans, le système Mendes est en train d’imploser. Six des sept bénéficiaires font l’objet de contrôles fiscaux en Espagne. Deux d’entre eux ont déjà été sanctionnés par des redressements assortis de pénalités : 4,4 millions d’euros pour José Mourinho, plus de 800 000 euros pour un international portugais. De son côté, Jorge Mendes redoute d’être poursuivi au pénal en tant qu’organisateur. Il y a échappé jusqu’ici. C’est d’ailleurs l’un des points les plus troublants de l’enquête de l’EIC : en dépit des éléments accablants découverts il y a près de deux ans par le fisc madrilène, la justice espagnole n’a toujours pas ouvert d’enquête pénale.
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    Jorge Mendès est l'agent le plus influent du monde © Reuters

    Interrogé par l'EIC, le cabinet d'avocats espagnol du Real Madrid Senn Ferrero, qui a tenté d'empêcher la parution de cet article et qui a déposé plainte pour « vol de documents » et « violation du droit à l'intimité », estime de façon générale que « les documents ont pu être manipulés, falsifiés ». Senn Ferrero s'est contenté de donner quelques rares précisions sur les situations de Ronaldo et de Mourinho. Rien, en revanche, sur les autres joueurs évoqués dans l'enquête.

    Carlos Osorio, l'avocat portugais qui a mis en place l'architecture du montage fiscal, « regrette », comme ses confrères espagnols de Senn Ferrero et comme Gestifute (la société de Jorge Mendes), que le consortium s'appuie, dit-il, « sur des documents volés » et « manipulés ». Il nie toute responsabilité : « Je n'ai rien à voir avec la création des structures de droits à l'image pour les personnes mentionnées. Je nie catégoriquement les accusations faites à mon encontre. » Quant aux autres acteurs de l'affaire, ils se sont presque tous réfugiés dans le silence (voir notre boîte noire).

    Ronaldo et les autres ne trichent pas sur leur salaire, trop facilement vérifiable par le fisc, quand il n’est pas taxé à la source. La combine porte sur les droits à l’image, ces revenus versés par des sponsors comme Nike et Adidas, et par les clubs eux-mêmes. La pratique est interdite en France, mais courante à l’étranger : les clubs versent à leurs joueurs des bonus sous forme de droits à l’image, moins lourdement taxés. Dernier avantage : ce sont des honoraires, qui peuvent être encaissés par une société. Il suffit ensuite de savoir la dissimuler.

    À l’origine, le système Mendes a été créé pour l’entraîneur portugais José Mourinho. À l’été 2004, le super agent met en place, via son groupe Gestifute, un montage redoutablement efficace, qui servira par la suite à tous ses autres clients. Il en confie la réalisation à deux hommes de confiance : son avocat portugais, Carlos Osorio de Castro, et son créateur de coquilles offshore, l’Irlandais Andrew Patrick Quinn, surnommé « Andy ». Véritable tour de contrôle du système, ce comptable et fiscaliste cumule son job d’associé gérant du cabinet de services financiers Moore Stephens Nathans (à Dublin) et celui de directeur général de Gestifute International, l’une des principales sociétés du groupe Mendes.

    Pas question d’effrayer les clubs et les sponsors en facturant les droits des joueurs dans un paradis fiscal trop sulfureux. D’où l’idée de passer par un sas en Irlande, pays européen présentable, où l’impôt sur les sociétés n’est que de 12,5 %.

    Tout commence le 4 février 2004. Ce jour-là, Andy Quinn crée la société Multisports Image & Management (MIM), immatriculée au siège de son cabinet à Dublin, et dont il est aujourd’hui l’unique actionnaire. Il s’agit d’une pure coquille vide, sans aucun salarié, dont le seul but est de collecter de l’argent.
    Un an plus tard, Quinn crée Polaris Sports. C’est une agence de gestion des droits à l’image, chargée de négocier les contrats avec les sponsors. Elle est détenue à 62,5 % par Mendes et à 32,5 % par son neveu et collaborateur Luis Correia, qui en est aussi le directeur général. Les sept salariés de la société sont basés au siège de Lisbonne, qui est officiellement une « succursale ». Pour des raisons fiscales, Polaris est elle aussi immatriculée à Dublin, à la même adresse que MIM, bien qu’elle n’y ait aucune activité.

    Peu après son arrivée à Chelsea, José Mourinho crée à son tour aux îles Vierges britanniques une société baptisée Koper Services. Une compagnie en forme de boîte aux lettres immatriculée sur l'île de Tortola, à Road Town, dans un petit immeuble sans luxe baptisé Vanterpool Plaza. Au rez-de-chaussée, il y a la pharmacie de Mme Vanterpool. Au premier étage se trouve une société de domiciliation qui héberge des centaines d’entreprises fantômes. Mourinho transfère ses droits à l’image à Koper, qui en délègue l’exploitation aux sociétés irlandaises MIM et Polaris.

    Tout est désormais en place. Au fil de sa carrière, les clubs et les sponsors ont réglé les droits à l’image de Mourinho à MIM, qui en garde 6 % – la commission d’Andy Quinn. MIM reverse ensuite 20 % de commission à Polaris, l’agence de Mendes et de son neveu. MIM expédie ensuite le solde sur le compte suisse de Koper à la St.Galler Kantonalbank, une petite banque suisse du canton de Saint-Gall. L’établissement est très couru : plusieurs joueurs de l’écurie Mendes, dont Ronaldo, y ont eux aussi ouvert un compte.

    Au fil de sa carrière à Chelsea, à l’Inter Milan, au Real Madrid et aujourd’hui à Manchester United, Mourinho a accumulé 12 millions d’euros sur le compte de Koper en Suisse, dont il n’a pas déclaré le moindre cent aux administrations fiscales des pays où il a résidé.
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    Un an plus tard, Quinn crée Polaris Sports. C’est une agence de gestion des droits à l’image, chargée de négocier les contrats avec les sponsors. Elle est détenue à 62,5 % par Mendes et à 32,5 % par son neveu et collaborateur Luis Correia, qui en est aussi le directeur général. Les sept salariés de la société sont basés au siège de Lisbonne, qui est officiellement une « succursale ». Pour des raisons fiscales, Polaris est elle aussi immatriculée à Dublin, à la même adresse que MIM, bien qu’elle n’y ait aucune activité.

    Peu après son arrivée à Chelsea, José Mourinho crée à son tour aux îles Vierges britanniques une société baptisée Koper Services. Une compagnie en forme de boîte aux lettres immatriculée sur l'île de Tortola, à Road Town, dans un petit immeuble sans luxe baptisé Vanterpool Plaza. Au rez-de-chaussée, il y a la pharmacie de Mme Vanterpool. Au premier étage se trouve une société de domiciliation qui héberge des centaines d’entreprises fantômes. Mourinho transfère ses droits à l’image à Koper, qui en délègue l’exploitation aux sociétés irlandaises MIM et Polaris.

    Tout est désormais en place. Au fil de sa carrière, les clubs et les sponsors ont réglé les droits à l’image de Mourinho à MIM, qui en garde 6 % – la commission d’Andy Quinn. MIM reverse ensuite 20 % de commission à Polaris, l’agence de Mendes et de son neveu. MIM expédie ensuite le solde sur le compte suisse de Koper à la St.Galler Kantonalbank, une petite banque suisse du canton de Saint-Gall. L’établissement est très couru : plusieurs joueurs de l’écurie Mendes, dont Ronaldo, y ont eux aussi ouvert un compte.

    Au fil de sa carrière à Chelsea, à l’Inter Milan, au Real Madrid et aujourd’hui à Manchester United, Mourinho a accumulé 12 millions d’euros sur le compte de Koper en Suisse, dont il n’a pas déclaré le moindre cent aux administrations fiscales des pays où il a résidé.

    Le Real Madrid s’est montré peu regardant, pour le moins
    Le système est si efficace qu’il aurait été dommage de ne pas en faire profiter les autres stars de l’écurie Mendes. Ainsi, lorsque Mourinho est parti à Chelsea à l’été 2004, il emmène dans ses bagages l’international portugais Ricardo Carvalho. À peine arrivé à Londres, le défenseur crée à son tour sa société offshore aux îles Vierges, Alda Ventures, elle aussi immatriculée au-dessus de la pharmacie Vanterpool, comme le sera plus tard la coquille de Cristiano Ronaldo. L’argent transite à nouveau par MIM en Irlande, qui en reverse les trois quarts à Alda Ventures.

    Les autres joueurs rejoignent progressivement le club des adeptes de l’imposition zéro, pour la plupart à l’occasion de leur transfert au Real Madrid organisé par Jorge Mendes. Le Portugais Pepe crée ainsi sa société aux îles Vierges en 2007 (Weltex), Cristiano Ronaldo en 2008 (Tollin), et Fabio Coentrao trois ans plus tard. C’est le seul de l’équipe dont la société, baptisée Rodinn, est immatriculée au Panama.



    Le Colombien Radamel Falcao a quant à lui intégré le système à l’été 2011 après son arrivée dans la capitale espagnole, mais au club rival de l’Atlético. Lui aussi crée pour l’occasion sa société aux îles Vierges, Fardey Overseas. Pendant ses deux années à Madrid, Fardey a encaissé 1,3 million d’euros, versés via les sociétés irlandaises du système Mendes, par Samsung, l’équipementier Puma, les montres Hublot ou la société de jeux vidéo Gameloft.

    Le business de Falcao s’est poursuivi depuis 2013, au fil des pérégrinations de l’attaquant à Monaco, Manchester United, Chelsea, puis de nouveau sur le Rocher depuis la rentrée 2016. Au début de l’année 2016, il y avait la bagatelle de 5,86 millions d’euros sur les deux comptes suisses de Fardey à la St.Galler Kantonalbank. Falcao détient aussi, en tant que personne physique, 2,2 millions de dollars sur un compte à Miami et 8,5 millions d’euros sur son compte à Monaco, sans compter les avoirs de son trust en Colombie.

    Le dernier arrivé dans le business, James Rodriguez, mérite qu’on s’y arrête. À l’été 2014, Jorge Mendes transfère l’attaquant colombien, âgé de 23 ans, de Monaco au Real Madrid pour la somme stratosphérique de 80 millions d’euros. Puisqu’il a passé la moitié de l’année sur le Rocher, Rodriguez est considéré pour 2014 comme un « non résident » par le fisc espagnol, avec à la clé un taux d’imposition de seulement 4 % sur ses droits à l’image. C’est cadeau. Mais dès l’année suivante, Rodriguez sera taxé plein pot, à 45 %. Insupportable.

    Heureusement, Jorge Mendes est là. Il se trouve qu’il est justement en train d’élaborer un montage pour éviter ce supplice fiscal à sa superstar Cristiano Ronaldo. Il en fait aussi bénéficier Rodriguez. Les contrats sont signés dans l’urgence le 20 décembre 2014 à Marrakech, où le Real disputait un tournoi, soit douze jours avant le changement de régime fiscal.

    Dans le cas de James Rodriguez, Mendes rachète pour 12 millions d’euros les droits à l’image de son joueur pour la période 2015-2020 par l’intermédiaire d’une société des îles Vierges baptisée Kenalton. Cette dernière vire l’argent dans la foulée au joueur sur son compte suisse à la St.Galler Kantonalbank – encore elle – juste à temps pour que la somme puisse être inscrite dans sa déclaration d’impôts 2014. Résultat : Rodriguez a payé seulement 445 500 euros au fisc espagnol, au lieu de 5,4 millions, soit 5 millions d’économie. Lors d’une réunion du 22 octobre 2015, ses propres avocats estiment qu’il y avait une intention d’évasion fiscale.

    Le tour d’horizon ne serait pas complet sans examiner le rôle spécifique du Real Madrid, par lequel sont passées toutes les vedettes (sauf Falcao) adeptes de l’optimisation fiscale à la sauce Mendes. Le club madrilène leur a versé des fortunes en bonus sous forme de droits à l’image (dont au moins 14 millions d’euros pour Ronaldo et 8 millions pour Mourinho), via la société irlandaise MIM, pilotée par le fiscaliste de Jorge Mendes.

    Certes, le Real ne pouvait pas savoir que l’argent atterrissait in fine sur des comptes suisses détenus par des sociétés offshore. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que le club s’est montré fort peu regardant. Pourquoi a-t-il accepté de verser les primes de son entraîneur et de cinq joueurs à la même société irlandaise, alors que les bénéficiaires étaient tous résidents fiscaux en Espagne ? Une simple recherche au registre du commerce aurait permis au Real de s’apercevoir que MIM est une coquille vide immatriculée à l’adresse d’un cabinet fiduciaire. Interrogé par l'EIC, le Real n'a pas répondu à ces questions sur le fond. Et s'est contenté d'affirmer avoir respecté toutes les obligations fiscales.

    Falcao, démasqué, s'est résolu à payer des impôts
    La valse des millions aurait pu ainsi continuer longtemps si le fisc espagnol n’avait pas lancé en 2014 le « programme 12 500 », également surnommé « sportifs », visant à contrôler les footballeurs. Résultat : entre septembre 2014 et décembre 2015, six des sept stars du système Mendes font l’objet, tour à tour, d’un contrôle fiscal portant sur leurs revenus de la période 2011-2013. Dans le cas du joueur de Monaco, Radamel Falcao, ses avocats estiment que l’enquête fiscale va avoir de sérieuses conséquences pour lui. Seul James Rodriguez, attaquant du Real, a été pour l’heure épargné, car son opération fiscale a eu lieu en 2014.

    Au siège de Gestifute, c’est la panique. Jorge Mendes appelle à l’aide le cabinet d’avocats espagnol Senn Ferrero, dirigé par Julio Senn, un ancien directeur général du Real Madrid. Lorsqu’il découvre les montages offshore élaborés par son confrère portugais Carlos Osorio et le comptable irlandais Andy Quinn, Julio Senn tombe des nues. Il reproche à Quinn d’avoir conçu un montage très problématique pour les joueurs au regard de la loi espagnole. Concernant l’international portugais Fabio Coentrao et sa société aux îles Vierges, Julio Senn est encore plus sûr de lui : le montage viole ouvertement les règles fiscales. Les avocats du cabinet Senn Ferrero sont même terrifiés à l’idée que la presse puisse s’emparer du dossier, d’après les informations de l’EIC.
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    Le cabinet Senn Ferrero pense que le montage pour Coentrao viole les règles fiscales © Reuters

    La tension monte encore d’un cran le 7 octobre 2015. Carlos Osorio, l’avocat historique de Mendes qui a élaboré tous les montages offshore, en veut à Julio Senn au sujet de l’inspection de l’un de ses joueurs. Il lui reproche de ne pas l’avoir prévenu du caractère problématique des montages utilisés avant d’avoir envoyé les documents au fisc. L’avocat espagnol Julio Senn rétorque que s’il devait cacher des informations aux inspecteurs du fisc, cela serait interprété comme une attitude malveillante, dont les conséquences seraient terribles. L’avocat sait qu’il a intérêt à s’exonérer de toute responsabilité personnelle au regard des montages mis en place.

    Carlos Osorio n’a de son côté aucun scrupule. Il explique à Julio Senn que, pour lui, la question n’était pas de transmettre des documents au fisc, mais de les modifier avant de les envoyer. L’avocat historique de Mendes aurait-il voulu fabriquer des faux ? La question se pose et une explication virile s’ensuit entre les deux hommes.

    Le 22 octobre 2015, une réunion de crise est organisée avec les hommes de Jorge Mendes au siège du cabinet Senn Ferrero à Madrid. Au menu : un point sur les inspections qui frappent les joueurs, le délit fiscal qui pourrait être reproché au joueur Fabio Coentrao ou encore le meilleur moyen de rapatrier les structures offshore en Espagne ou au Portugal en limitant le plus possible les impôts à payer.

    Lors de cette réunion, à laquelle participent de nombreuses personnes, il est même question de « la campagne du fisc contre Jorge [Mendes – ndlr] ». Ses conseils expliquent qu’il risque d’être considéré comme un « coopérateur nécessaire », c’est-à-dire, selon le code pénal espagnol, comme un possible complice des montages frauduleux utilisés par ses joueurs. En clair, le super agent portugais pourrait être poursuivi pour blanchiment de fraude fiscale.

    Mendes a d’ailleurs lui-même bénéficié directement du montage mis en place, puisque l’agence irlandaise Polaris, qu’il contrôle avec son neveu, touche 20 % de commissions sur les droits à l’image des sept joueurs de son écurie. Entre 2009 et 2014, cela a représenté, selon les calculs de l’EIC, environ 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. Certes, Polaris en reverse la moitié à son partenaire, l’agence américaine de représentation de célébrités CAA. Mais Polaris reste une vache à lait : rien qu’en 2014, l’agence a engrangé 4 millions d’euros de recettes pour 2,3 millions de profit opérationnel, soit une marge bénéficiaire de 60 %.

    Pourtant, Jorge Mendes n’a, à notre connaissance, toujours pas été inquiété. Ce qui est pour le moins étonnant. Les documents Football Leaks montrent clairement que les inspecteurs de l’Agencia Tributaria de Madrid ont pu constater qu’il y avait, pour tous les joueurs, les mêmes sociétés irlandaises, les mêmes coquilles aux îles Vierges, les mêmes comptes en Suisse. Bref, le fisc a parfaitement compris qu’il s’agit d’un système organisé. Pourquoi la justice espagnole n’a-t-elle pas ouvert d’enquête ? L'EIC n'a pas obtenu de réponse à cette question.

    Le fisc espagnol a pour sa part sanctionné deux membres du système Mendes : l’entraîneur José Mourinho a dû s’acquitter d’un redressement de 4,4 millions d’euros, tandis qu’un international portugais a dû régler plus de 800 000 euros. Les documents Football Leaks ne disent pas comment se sont terminées les inspections des quatre autres joueurs, dont Cristiano Ronaldo. Pour ce dernier, le cabinet Senn Ferrero a expliqué à l'EIC que l'inspection était toujours en cours.
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    Jorge Mendes et Radamel Falcao, l'attaquant colombien de l'AS Monaco © Reuters

    Ces contrôles fiscaux auront au moins eu le mérite de ramener certains joueurs du système Mendès à la raison. L’attaquant de l’AS Monaco Radamel Falcao, par exemple. Lorsque l’AS Monaco l’a prêté à Manchester United puis à Chelsea entre l’été 2014 et l’été 2016, le joueur colombien s’est écarté du système Mendes concernant les bonus de droits à l’image versés par les clubs (670 000 euros pour son année à Manchester).

    Pendant son passage en Angleterre, Falcao a ainsi préféré encaisser l’argent sur le compte d’une société locale créée pour l’occasion, se résignant alors à payer 20 % d’impôts. Les esprits chagrins diront que 20 %, c’est deux fois moins que le taux maximum de l’impôt sur le revenu applicable au commun des mortels. Mais c’est ainsi chez les footballeurs : même s’ils sont riches à millions, s’acquitter de l’impôt semble toujours être une souffrance.
     
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